Langues vernaculaires au Gabon : de la stigmatisation d’hier à la difficile reconquête culturelle
Pendant plusieurs années, dans certaines localités du Gabon, notamment dans des régions comme Léconi, dans la province du Haut-Ogooué, des pratiques destinées à décourager l’usage des langues vernaculaires ont marqué la mémoire de nombreux élèves. Sous prétexte de favoriser l’apprentissage du français, langue officielle et principale langue d’enseignement au Gabon, certains établissements auraient eu recours à des méthodes humiliantes pour sanctionner les apprenants surpris en train de parler leur langue maternelle.
Parmi ces pratiques, le tristement célèbre «symbole». Celui-ci consistait à faire porter aux élèves un objet dégageant une forte et mauvaise odeur: parfois une tête d’animal en décomposition, afin de les exposer au regard de leurs camarades. Présentée comme une simple punition, cette méthode a fortement contribué à installer une forme de rejet de soi, en associant la langue des ancêtres à la honte, à la sanction et à l’exclusion.

Ironie de l’histoire, alors que certaines générations ont été poussées à abandonner leurs langues et leurs références culturelles, les discours officiels actuels appellent désormais à leur préservation et à leur valorisation. Les langues nationales sont aujourd’hui présentées comme un pilier de l’identité gabonaise et un patrimoine à transmettre aux générations futures.
Mais cette volonté de réhabilitation culturelle pose une question essentielle, comment reconstruire un lien avec ces langues après des décennies de dévalorisation? La reconnaissance institutionnelle ne peut se limiter aux déclarations symboliques. Elle nécessite des programmes éducatifs adaptés, la formation d’enseignants, la production de contenus culturels et une véritable intégration des langues nationales dans la vie publique.
Le cas des pratiques d’hier rappelle surtout qu’une politique culturelle ne peut être menée au gré des époques et des orientations. Les générations futures ont besoin d’un message clair: parler sa langue, connaître son histoire et préserver ses traditions ne doivent jamais être perçus comme un obstacle au développement, mais comme une richesse collective.