Journée Nationale de la Femme Gabonaise : 28 ans de célébration, quel bilan ?

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Au Gabon, le 17 avril est dédié à la femme. Cette date marque la 28ᵉ édition de la Journée Nationale de la Femme Gabonaise (JNFG), instaurée en 1998. Près de trois décennies plus tard, ce rendez-vous est devenu institutionnel. Mais pour quel bilan réel?

Après 28 ans de pagnes, de discours et de foires, une question s’impose: la JNFG est-elle un levier de transformation pour la femme gabonaise ou un rituel qui tourne à vide, reprenant les mêmes scénarios? Quelle évolution concrète peut-on relever ?

En 28 éditions, la JNFG a imposé durablement la condition féminine dans l’agenda politique national. Elle a conduit à des progrès juridiques majeurs dont la révision du Code civil en 2021 avec l’autorité parentale conjointe, la loi 006/2021 contre les violences basées sur le genre, l’instauration de quotas de 30% aux postes électifs.

Sur le terrain, la journée mobilise ministères, ONG, associations, établissements scolaires et entreprises, avec des activités telles que des campagnes de dépistage, foires artisanales, conférences-débats, plateaux télévisés. Activités autour desquelles des milliers de femmes sont mises au centre de l’attention nationale et bénéficient d’une visibilité rare le reste de l’année.

28 éditions après, le bilan reste encore mitigé. Malgré les acquis, la situation de nombreuses Gabonaises mérite encore plus d’attention. En 2026, beaucoup vivent toujours dans la précarité et ne perçoivent aucun impact de cette journée dans leur quotidien.

Sur le plan politique, les chiffres parlent: 6 femmes sur 31 ministres dans le gouvernement d’avril 2026, aucune femme Premier ministre en 28 ans, et seulement 2 femmes gouverneures sur 9 provinces.

Sur le plan économique, la plupart des activités génératrices de revenus lancées lors des JNFG retombent dans l’informel après 12 mois, faute de suivi. Par ailleurs, l’attention reste concentrée sur Libreville, Owendo et Akanda. La capitale capte les moyens et la couverture médiatique, alors qu’une grande partie de la main-d’œuvre agricole nationale est féminine et rurale.

Après 28 ans, la JNFG risque de tomber dans le piège de la routine commémorative. Les thématiques se répètent autour de l’autonomisation et de la scolarisation. Les défilés et les allocutions remplacent trop souvent des politiques publiques suivies et évaluées.

À ce rythme, la journée devient une vitrine annuelle plutôt qu’un mécanisme de redevabilité et de développement. Il est temps de passer d’un simple symbole à un impact réel.

Si les 28 éditions ont réussi à mettre les femmes à l’agenda nationale, l’enjeu des prochaines doit être de mettre l’agenda au service des femmes. Car, cette journée ne peut plus être jugée au nombre de pagnes distribués, mais plutôt au nombre de plafonds brisés. Tant que le pouvoir économique et politique restera majoritairement masculin, la célébration, aussi solennelle soit-elle, demeurera une victoire inachevée.

Tout compte fait, la femme gabonaise ne doit plus se contenter d’une journée. Elle mérite 365 jours d’équité.

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