Communication présidentielle : les médias internationaux mis en avant au détriment des médias nationaux ?
La Présidence de la République gabonaise a récemment intensifié sa présence médiatique à l’international. À travers une série d’interventions programmées sur des chaînes telles que France 24, Africa 24 ou encore Télésud, le porte-parole Théophane Nzame-Nze Biyoghe ainsi que ses adjointes Melodie Jennyfer Sambat et Marie Noëlle Ada Meyo portent la parole officielle du pouvoir au-delà des frontières nationales.
Une stratégie de communication qui, sur le fond, peut se justifier. Dans un contexte politique encore observé par la communauté internationale depuis l’arrivée au pouvoir du président Brice Clotaire Oligui Nguema, il apparaît essentiel pour les autorités de maîtriser leur image à l’extérieur, de rassurer les partenaires et de contrôler le narratif autour de la transition en cours.
Cependant, cette orientation suscite des interrogations au sein de l’opinion. Pourquoi privilégier des médias étrangers alors même que le Gabon dispose d’un paysage médiatique local dynamique, suivi au quotidien par les populations ? Télévisions nationales, radios privées, presse en ligne, ces canaux constituent le lien direct entre les institutions et les citoyens, ceux-là mêmes qui vivent les réalités décrites par les autorités.

Cette question est d’autant plus sensible qu’elle intervient dans un climat récent de tension avec certains médias internationaux. En effet, après l’intervention de Sylvia Bongo Ondimba sur France 24, des voix officielles avaient évoqué la possibilité de suspendre ou de restreindre l’accès à certains organes étrangers jugés critiques. Dès lors, le choix d’investir ces mêmes plateformes quelques jours plus tard peut apparaître, aux yeux de certains observateurs, comme paradoxal.
Faut-il y voir une volonté de reprendre la main sur des espaces médiatiques perçus comme influents ? Ou une reconnaissance implicite de leur portée, parfois jugée supérieure à celle des médias locaux ? La question reste ouverte.
Au-delà de la polémique, l’enjeu est aussi celui de la souveraineté informationnelle. Une communication équilibrée supposerait sans doute de renforcer simultanément la présence des autorités dans les médias nationaux, afin d’assurer une diffusion équitable de l’information auprès des citoyens gabonais, tout en poursuivant les efforts de visibilité à l’international.
Car en définitive, si l’image du Gabon à l’étranger est importante, la confiance des populations locales demeure un pilier essentiel de toute action politique durable.