Recensement des ERP : une initiative salutaire, mais un risque de dérives sur le terrain ?

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À partir du 9 mars 2026, le ministère de l’Intérieur lancera une vaste opération de recensement et de sensibilisation des Établissements Recevant du Public (ERP). Prévue pour s’étendre jusqu’au 9 avril, cette campagne nationale, pilotée par la Direction générale de la Protection civile, vise à améliorer la prévention des risques, notamment les incendies, et à renforcer la conformité des structures accueillant du public aux nouvelles dispositions légales.

Dans sa première phase, l’opération concernera le Grand Libreville, notamment Libreville, Akanda, Owendo et Ntoum. Les équipes déployées auront pour mission d’informer les opérateurs économiques sur les obligations en matière de sécurité, notamment l’installation de dispositifs de lutte contre les incendies et la formation du personnel aux gestes de premiers secours. Les autorités entendent également identifier les structures actives dans le domaine de la protection civile et engager des procédures d’agrément pour celles qui souhaitent exercer légalement.

Sur le principe, l’initiative est largement saluée. Dans un contexte où les risques d’incendie et d’accidents dans les lieux publics restent préoccupants, renforcer la prévention et la préparation des établissements apparaît comme une nécessité. Cependant, sur le terrain, certains observateurs redoutent déjà les dérives qui pourraient accompagner cette opération.

En effet, la multiplication des contrôles administratifs peut parfois ouvrir la voie à des pratiques déviantes. Des opérateurs économiques craignent que certains agents déployés pour cette mission ne profitent de leur position pour solliciter des pots-de-vin en échange d’un rapport favorable ou d’une tolérance face à certaines irrégularités. Un tel scénario viendrait non seulement compromettre l’objectif de sécurité publique recherché, mais aussi fragiliser la crédibilité de l’opération.

Cette inquiétude n’est pas anodine dans un pays où la lutte contre la corruption demeure un défi majeur pour l’administration publique. Si la campagne de recensement se transforme en opportunité pour certains agents de monnayer leurs services, les établissements non conformes pourraient continuer à fonctionner sans correction réelle de leurs failles de sécurité, exposant ainsi les populations à des risques graves.

Face à ces préoccupations, il revient aux autorités de tutelle de prendre les devants. La réussite de cette opération dépendra autant de sa rigueur administrative que de l’intégrité des équipes envoyées sur le terrain. La mise en place de mécanismes de contrôle, de numéros de dénonciation ou encore de sanctions exemplaires contre tout agent fautif pourrait contribuer à prévenir ces dérives.

Car au-delà du simple recensement, l’enjeu reste la protection des vies humaines. Et cette mission ne saurait être compromise par des pratiques de corruption qui, malheureusement, continuent d’entacher certaines initiatives pourtant porteuses d’espoir.

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